Pierre Matossy est né le 15 avril 1891. Ses parents habitaient Paris mais sa mère le mit au monde à Bessé-sur-Bray, pays de sa famille, originaire de la Sarthe. Il fut élevé par ses grands parents, puis ramené à Paris à l’âge de l’école maternelle.

 

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Après l’école primaire, il fait ses études secondaires au lycée Buffon où il obtient sans difficulté, le baccalauréat. Il n’a cependant, jamais avoué, surtout à sa mère, qu’il a consacré tous ses loisirs à prendre des cours à l’école municipale de dessin du Bd Montparnasse. C’était en effet là son violon d’Ingres. Son professeur, étonné de ses dons exceptionnels, lui avait conseillé de se diriger vers les Beaux-arts.

Mais sa mère, femme très autoritaire, avait décidé une fois pour toutes, qu’il devait faire carrière dans l’armée. Il osa lui tenir tête, déclarant fermement qu’il embrassera une carrière artistique, ayant l’âge de choisir lui-même son destin. L’ordre de sa mère ne laissait à Pierre que l’issue de quitter la maison, ce qu’il fit la mort dans l’âme, car il aimait beaucoup son père.

 

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C’était l’avant-veille de Noël, Pierre Matossy avait 19 ans, mais il avait du bon sens et la résistance physique acquise au grand air de la campagne vécue dans sa tendre enfance et, plus tard, en pleine forêt chez un garde chasse où il passait ses mois de vacances scolaires à travailler comme un vrai garde-chasse le jour, et à faire des rondes de nuit dans les bois par tous les temps.

Autrement-dit c’était un garçon qui a les pieds sur terre, qui s’en va tout seul avec confiance affronter des difficultés qu’il n’ignore point. D’abord il faut vivre et il n’est riche que de courage et d’optimisme. Il s’installe dans une petite mansarde de la rue St Louis-en-l’île. Que va-t-il faire ensuite, les idées tourbillonnent, il se souvient tout-à-coup qu’on lui prête des talents de comédien. Le théâtre du Châtelet est tout près, il y court et se fait embaucher comme figurant. Ce n’est pas une situation brillante, mais elle s’améliore rapidement du fait qu’il est jugé capable de tenir des rôles d’acteurs défaillants.

Il peut maintenant s’inscrire à l’Ecole des Beaux Arts où il suit les cours le jour et ses obligations théâtrales le soir au Châtelet.

Il est à noter que durant ses cours aux Beaux Arts, il remporte de nombreux prix : notamment les Prix Chenavar-Roux-Cambacérès et  sur recommandation de l’Ecole, il fut le précepteur artistique de sa majesté le Prince Yamamoto en 1913 et 1914.

 

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La guerre de 1914-18 interrompt les études de Pierre Matossy qui insista pour faire partie des premiers départs pour le front. Il fut 4 fois blessé au cours des combats.

 

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La 4ème blessure était extrêmement grave , elle le mettait définitivement hors de combat la veille du jour où il devait être promu sous-lieutenant. Il serait trop long de raconter ici les faits d’armes de ce courageux combattant ; il faut dire cependant que ses talents de dessinateur ont rendu de sérieux services à ses chefs directs pour la stratégie des opérations locales et que grâce à l’expérience qu’il avait acquise chez son ami garde-chasse, permettant d’interpréter la nuit dans les bois les bruits même légers et lointains, il lui arrivait de signaler à temps une attaque surprise de l’ennemi.

 

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Evacué du front en septembre 1916, il restera 3 ans et demi dans les hôpitaux où il subira de nombreuses et cruelles opérations chirurgicales. Mais si l’on a pu atténuer les conséquences de la plupart de se mutilations, il fut impossible de lui rendre l’usage de son bras droit qui est totalement mort depuis l’épaule jusqu’au bout des doigts, ce qui aurait pu signifier l’abandon de ses études de peintre-graveur.

Il n’accepta de capituler.

Tenace, il apprend à devenir gaucher et il reprend ses cours aux Beaux-arts où il remporte le Prix de miniature. En 1919, Matossy entre en loge, il en sort second Grand Prix de Rome.

 

 

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photo de gauche : 2nd prix de Rome - photo de droite : 1er grand prix de Rome

 

En 1920, il obtient le Premier Grand Prix de Rome et il part à la Villa Médicis (Rome) où il restera près de 5 années.

matossy-1921Pierre Matossy est le 2nd en haut à partir de la gauche

 

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 Pierre est le premier à partir de la droite

 

A son retour de Rome, il s’installe à Paris. Il aurait pu se fixer dans la capitale, sa personnalité s’affirmant de plus en plus, mais il préfère s’évader souvent de la vie sédentaire des ateliers. En 1930, les Chantiers navals du Trait, lui confient l’exécution de décorations importantes de paquebots, en particulier, celles du « Normandie ».

 

Intéressée par les œuvres de Matossy, l’abbaye de Fontenelle à St Vandrille lui demande d’exécuter diverses décorations à l’abbaye en cours de restauration. En fait, cette relation durera épisodiquement 16 ans au cours desquels Matossy aura laissé à l’abbaye environ 500 toiles et aquarelles, ainsi  que de nombreuses gravures pour illustrer des ouvrages.

En 1934, Matossy est choisi par la Compagnie des Chemins de Fer de l’Ouest pour exécuter les grandes affiches apposées à l’époque dans toutes les gares.

En 1935, il parcourt le bassin méditerranéen et fait des peintures en Espagne, en Italie, en Grèce, en Sicile etc.…

 

En 1936 et 37, il entreprend un périlleux voyage  au proche Orient où il frôla de près la mort :  Syrie, Liban, Perse. Il en rapporta des œuvres qui furent exposées en 1938 à Paris.

 

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En 1939, le jury de la Société des Beaux-arts de la France d’Outre-mer avait décerné à Pierre Matossy le Prix de Madagascar, la mission qui devait s’ensuivre fut ajournée en raison de la déclaration de guerre.

 

En 1940, Matossy est nommé peintre officiel du Ministère de l’Air et affecté aux Services des recherches aéronautiques. Mais avec la défaite, il se retire dans sa propriété en Charente jusqu’à la libération. Il n’oublie cependant pas le Prix de Madagascar et après  avoir préparé ses équipements, il s’embarque à Marseille le 26 avril  1947 sur la « Ville de Reims » à destination de Tananarive, avec l’appui du Ministère de la France d’Outre-mer.

 

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Il est cette fois, accompagné de sa dernière compagne  qui est aussi son infirmière dévouée en même temps que son active intendante, car l’âge rend plus lourdes ses mutilations.
Malgré les troubles meurtriers qui venaient d’éclater à Madagascar, Matossy recherche dans l’île, pour les fixer sur ses toiles, les sites les plus sauvages et les vestiges du passé, tels les palais de la Reine Ranavalo. Il étendit même ses investigations dans les îles voisines : Nossi-Bé, La Réunion, l’Ile Maurice.
Les œuvres de ces voyages ont été exposées à Paris en 1949.
De 1951 à 1953, on retrouve Matossy en Afrique : au Sénégal, en Mauritanie, Gambie, Dahomez, Haute Volta, Côte d’Ivoire, Soudan.
 

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Il rapporta des carnets de tous ses voyages, illustrés de petites photos, timbres, lettres, enveloppes, écrits au jour le jour ...

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En 1968, ce fut son ultime grand voyage, il est en Nouvelle Calédonie, Nouméa et ses îles. Quand on pense qu’à cette époque Matossy avait 78  ans et qu’il ne pouvait plus circuler qu’en fauteuil roulant on ne peut qu’admirer l’énergie qu’il déploya en toutes circonstances au cours de sa vie.
 
Et pourtant, s’il décida, dès son retour de l’océan Pacifique de se retirer en Bretagne , ce n’était pas pour se reposer, c’était pour continuer les peintures de cette région qu’il avait commencé jadis à exécuter dans le Finistère, à Locronan notamment. Cette fois, c’est à Port-Blanc, à quelques kilomètres de Paimpol, qu’il plante son chevalet pour peindre la chapelle de Notre-Dame de B.N. du 16ème siècle.
Hélas, il n’eut pas le temps de l’esquisser, pris d’un malaise subit, il s’éteindra le 25 août 1969  son domicile breton « Ker Palud » Ploubazlanec où son épouse résidait encore.
 
Matossy était un homme modeste, il travaillait avec acharnement sans se soucier des honneurs. A ses admirateurs qui lui reprochaient de ne pas mieux se faire connaître, il répondait que la publicité était le cadet de ses soucis. C’est pourquoi on a du mal à découvrir dans ses archives les traces de tous les honneurs qui ont pu lui être rendus au cours de sa vie. On peut toutefois ajouter qu’à ses Grands Prix de Rome, il était titulaire de la médaille d’Argent et de la médaille d’Or de la société des Artistes Français et de la Croix de Commandeur de l’œuvre du Mérite et Dévouement Français.
Au titre de la guerre, il est officier de la Légion d’Honneur, médaillé militaire, croix de guerre avec palmes, trois citations, la dernière à l’Ordre de l’Armée dans les termes suivanst : « le sous-officier Matossy a maintes fois fait preuve de courage et de sang froid. A été grièvement blessé le 6 septembre 1916 en s’élançant avec quelques grenadiers à l’attaque d’un boyau ennemi. »
La présente biographie a été rédigée par un vieil ami de Pierre Matossy, comme lui ancien combattant mutilé de la guerre 1914-18 et Président de la Fédération Nationale des Plus Grands Invalides de toutes les guerres, à la demande de Mme Matossy.
C’est à l’aide de documents contenus dans le dossier de membre participant de la fédération et aussi dans les mémoires que Matossy écrivait journellement depuis son enfance que ces lignes ont été écrites.
 
 
Georges Gauriault
Président (honoraire depuis 1973)
de la Fédération Nationale des
Plus Grands Invalides de guerre